Une année noire – Meurtre dans la communauté LGBT

Je vous propose ici une nouvelle histoire intitulée “Une année noire – Meurtre dans la communauté LGBT”. Je l’avais écrite il y a quelques mois dans le cadre du 16e concours de nouvelles policières de Bessancourt. Le thème de ce concours, présidé par l’écrivain Alexis Aubenque, en était l’intolérance, sujet qui me touche particulièrement. Aucune récompense à la clé mais peu importe. Je souhaitais tout de même vous faire découvrir cette histoire partie d’un rapport de SOS Homophobie dévoilé en mai 2019. Je vous laisse découvrir.


Concours de nouvelles policières de Bessancourt - Intolérance - Je Tu Elles
Image par Thanks for your Like de Pixabay

Une année noire

2018, une année noire pour les personnes LGBT : une augmentation de 15% d’actes homophobes et de 66% d’agressions physiques en un an selon un rapport.

Et bien, les événements des dernières semaines montraient que cela n’allait pas en s’améliorant.

Elle soupira.

La scène n’était pas belle à voir

Une balle dans la tête. L’ensemble du corps portait également des traces de coups mais ceux-ci semblaient antérieurs au crime.

Près de trente plaintes pour agression enregistrées au cours des derniers mois. Avec chaque fois, pour cible, des personnes de la communauté LGBT. Le rythme tout comme la gravité s’étaient amplifiés au fur et à mesure des semaines.

Des injures et crachats, nous étions passés aux passages à tabac. Essentiellement des « crimes d’opportunité ».

Ce meurtre semblait donc la conclusion malheureuse mais logique de cette vague de violence et de l’incapacité de la police à trouver une seule piste valable.

Mais que se passait-il ?

Elle-même avait du mal à se faire à l’évolution de cette société : gay pride, mariage pour tous… On parlait même d’adoption aujourd’hui. Elle était trop vieille pour ça.

Pour autant, il ne lui serait jamais venu à l’idée ni de participer à des manifestations contre le mariage pour tous ni d’agresser la population LGBT. Elle se sentait juste mal à l’aise. Elle essayait bien d’être un peu plus ouverte mais c’était plus fort qu’elle.

Pourtant, elle aurait dû comprendre

En tant que femme, elle avait été aussi victime de discrimination que ce soit dans le milieu professionnel ou même familial. Aucun mari, pas d’enfants et une carrière dans la police. « Vieille fille » ou « lesbienne » car elle ne répondait pas aux avances de certains de ses collègues ou encore « pas bonne à marier » car elle n’avait aucun goût pour la couture ni la cuisine. Elle aurait donc pu manifester un minimum d’empathie.

Mais pour l’instant, elle se sentait surtout coupable. Avait-elle vraiment mis l’énergie nécessaire pour traiter ces agressions ? Pour être honnête, les plaintes s’étaient plutôt entassées sur son bureau. En même temps, comment aurait-elle pu prévoir ça ?

Après tout, il était logique que les agressions augmentent aussi dans sa ville.

Elle se sentit encore plus mal pour ces pensées peu charitables.

Le corps s’apprêtait maintenant à être transporté jusqu’à la morgue

Le médecin légiste ne lui apprendrait certainement pas grand-chose, les circonstances étant particulièrement claires.

Malgré tout, quelque chose la gênait sur la scène de crime mais elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus.

La police scientifique n’avait pas trouvé l’arme, ce qui n’était guère étonnant.

L’appartement avait été saccagé mais rien n’indiquait que la victime ait lutté. Elle était certainement déjà morte quand cela avait été fait.

Pourquoi une telle rage alors ?

Tout laissait à penser qu’il y avait quelque chose de personnel cette fois-ci.

Cela ne ressemblait en rien aux agressions précédentes

En même temps, elle n’était plus sure de rien aujourd’hui.

Mais s’il devait y avoir un lien, elle le trouverait. Et dans ce cas, ce meurtre serait sans doute l’erreur qui permettrait d’appréhender le tueur et de mettre fin à cette vague d’agressions.

Maintenant, au boulot !

Son chef allait certainement lui demander des comptes et elle aurait intérêt à avoir des réponses.

La première chose à faire était de se renseigner sur la victime, ses habitudes, les lieux qu’elle fréquentait, ses amis ou ennemis éventuels. La routine, quoi.

Julian Perez, 36 ans

Elle lança une recherche. Aucun antécédent judiciaire. Il travaillait apparemment dans une boutique de prêt-à-porter de luxe.

Tout laissait à penser qu’il vivait seul. Cela ne voulait pas dire qu’il était célibataire pour autant. Elle se nota de vérifier s’il était présent sur les sites de rencontre. Il arrivait que certains ciblent ainsi leur victime.

Son collègue venait de faire le tour du voisinage. Il n’avait rien appris de plus. C’est un voisin, surpris de voir la porte d’entrée de l’appartement entrouverte, qui avait découvert le corps et prévenu la police. Quant à l’agression, personne n’avait rien vu ni entendu. Il n’y avait que trois occupants à cet étage : la victime, une dame d’un certain âge à l’audition défaillante et un voisin absent ces derniers jours.

Elle se rendit chez le dernier employeur connu

C’était une magnifique boutique de prêt-à-porter féminin. Le regard de la vendeuse lui fit sentir qu’elle n’était pas la bienvenue. Elle s’en moquait.

“Puis-je vous aider ?” lui demanda la vendeuse d’un ton hautain.

Elle se présenta.

“Je souhaiterais avoir quelques informations au sujet de Julian Perez. J’ai cru comprendre qu’il travaillait ici.”

“Effectivement. Mais il n’est pas là aujourd’hui. Il y a un problème ?”

“Cela dépend. L’avez-vous tué ?”

Elle s’amusa du choc sur le visage de la vendeuse. Un peu de provocation pouvait parfois se révéler utile. Sous la surprise, les personnes livraient souvent leur vrai visage.

“Mort ? Comment ? “

“C’est ce type, c’est ça ? Il est revenu se venger ? J’avais bien dit à Julian qu’il n’aurait pas dû le provoquer.”

“Doucement ! Expliquez-moi ce qui est arrivé.”

“Jeudi dernier, nous avons fait un afterwork au Loft comme chaque semaine. Cela nous permet de décompresser. Vous savez, nos clientes ne sont pas toujours sympas. Alors on essaie d’en rire. Dernièrement, Julian empruntait des vêtements de la boutique et s’habillait comme elles. Peu de personnes se rendaient compte du subterfuge. Alors il en jouait parfois avec certains hommes. Nous lui avons dit que ce n’était pas très malin, d’autant que certains le prenaient vraiment mal. Seulement Julian ne voulait rien entendre. Il voulait savoir jusqu’où il pouvait les tromper. Et cela pouvait aller très loin.”

“Très loin ?”

“Quelques baisers, quelques caresses…”

“Je suppose que c’est ce qui est arrivé ?”

“Oui et ce type l’a très mal pris, d’autant que Julian se moquait ouvertement de lui. Il lui disait qu’il n’assumait pas ses vrais penchants, qu’il se tenait à sa disposition si un jour il changeait d’avis. L’autre s’est alors déchaîné. Il a fallu intervenir. Julian était bien amoché.”

“A part ce type, il avait d’autres personnes qui auraient pu lui en vouloir ?”

“Pas que je sache. Je sais que c’est un peu compliqué avec ses parents mais ils  s’ignorent, c’est tout.”

“Des amis, petits amis ?”

“Je crois qu’il était célibataire. Quelques relations parfois mais rien de sérieux. Il a bien un ami qui semble espérer un peu plus mais Julian ne semble pas intéressé. Tony quelque chose. Il travaille au Loft.”

“Ok. Merci. Appelez-moi s’il vous revient quoi que ce soit d’autre.”

Elle quitta la boutique, direction le Loft.

Il ne fut pas difficile de retrouver l’agresseur présumé de Julian. Le gérant du Loft lui indiqua qu’il faisait partie du cabinet d’experts-comptables en face du bar. Habituellement, ses collègues et lui venaient plutôt le midi. Ils n’avaient sans doute jamais croisé Julian avant ce fameux soir. Le gérant confirma que Julian avait pour habitude de « jouer » avec certains clients mais cela n’avait jamais dégénéré ainsi.

Elle demanda à son collègue de convoquer le comptable pour un interrogatoire. Elle en profita pour demander au gérant où elle pouvait trouver Tony. Il lui indiqua qu’il était censé travailler ce soir.

Etant donné l’heure, elle gagnerait effectivement son temps à le rencontrer sur son lieu de travail.

Le soir venu, elle se rendit au Loft. Pas son style du tout. Très jeune, très bruyant. Lieu de rencontres de commerciaux et autres jeunes loups venus fêter leur dernier succès ou faire des rencontres.

Tony officiait au bar ce soir.

Une trentaine d’années, séduisant.

Rien ne laissait penser qu’il s’intéressait aux hommes. Encore un préjugé de plus mis à mal.

“Tony ?”

“Oui ? Ah, vous êtes le flic dont m’a parlé Marc. Vous avez de la chance de me trouver ici. Avec ce qui est arrivé à Julian… vous comprenez… C’était mon meilleur ami. Je n’arrive toujours pas à y croire…”

Il s’interrompit les larmes aux yeux avant de poursuivre :

“Mais aucun de nous n’est à l’abri aujourd’hui. Ce sera juste la énième victime. Les gens considèrent qu’on le cherche mais pas besoin de provoquer pour se faire agresser.”

“Vous étiez présent jeudi soir ?”

“Non. J’étais de repos mais j’en ai entendu parler. Il paraît que Julian y est allé un peu fort. Mais rien qui ne méritait de se faire tabasser contrairement à ce qu’a dit la police.”

“Il a porté plainte ?”

“Il a voulu le faire mais la police lui a fait comprendre qu’étant donné les circonstances, sa plainte avait peu de chances d’aboutir.”

“Je comprends votre amertume mais c’est une réalité. Vous semblez avoir été proches ?”

“C’était mon meilleur ami. On se comprenait. On s’était fait virer de chez nos parents pour les mêmes raisons. Alors on a dû se débrouiller comme on pouvait. Se rencontrer nous a sauvés tous les deux. Certes, il avait changé ces derniers temps, il était plus excessif mais il n’en restait pas moins mon ami. Et maintenant qu’il n’est plus là, il me reste quoi ?”

“Lui connaissiez-vous des ennemis ?”

“Non. Aucun. Il y a bien cette bande de jeunes qui agresse régulièrement notre communauté mais on sait comment les éviter. Ils traînent toujours au même endroit près de la gare ou de Saint Germain. On essaie de passer le mot.”

“OK. Merci pour les infos. Si jamais un détail vous revient, n’hésitez pas.”

“Mouais. Je suppose qu’il fallait un mort pour que vous commenciez à bouger.”

Elle repassa au poste pour faire quelques recherches

Elle laissa un mot à une équipe pour qu’elle surveille discrètement du côté de Saint Germain et de la gare cette nuit. Avec un peu de chance, elle prendrait sur le fait les agresseurs.

Puis elle rentra chez elle. Elle n’arrêtait pas de se dire qu’elle passait à côté de quelque chose d’important. Impossible de se rappeler. Tant pis. Une bonne nuit de sommeil lui apporterait peut-être la réponse.

Le lendemain, elle croisa son collègue :

” Le comptable est en salle d’interrogatoire n°1.” lui annonça-t’il

“OK. Je m’en occupe.”

“Autre chose : l’équipe aurait une piste au sujet des jeunes. Leur description correspondrait à des gamins du quartier Saint Vincent déjà connus pour des faits similaires. Je te tiens au courant.”

“Merci. Fais-moi signe si tu as du nouveau.”

Elle entra en salle n°1 où l’attendait Antoine Langlois.

Il semblait particulièrement nerveux.

“Bonjour M. Langlois. Désolée pour l’attente. On vous a indiqué la raison pour laquelle nous vous avions convoqué ?”

“Non. Pas du tout. C’est au sujet de l’amende ? Franchement, une lettre de rappel aurait amplement suffi. Je sais que j’aurais dû la payer il y a un mois déjà. Mais une convocation ? Si vous voulez, je vous fais le chèque tout de suite.”

“Asseyez-vous M. Langlois. Il ne s’agit pas de l’amende. Mais je vous invite effectivement à la régler au plus vite. Non, vous êtes ici au sujet de Julian Perez.”

“Qui ça ?”

“Julian Perez, l’homme que vous avez agressé jeudi dernier au Loft.”

“Cette tapette ? Il a porté plainte? Mais c’est moi qui aurais dû le faire. Vous savez ce qu’il m’a fait ? C’est limite une agression sexuelle. Je n’aurais jamais accepté qu’il me touche si j’avais su que c’était un homme. En plus, je suis devenu la risée de mes collègues. Il est où ? Je veux lui parler.”

“Il est mort, M. Langlois.”

“Mort ? Impossible. Il était peut-être un peu amoché mais il était encore bien vivant quand on l’a laissé partir.”

“M. Langlois, où étiez-vous vendredi entre 16h et 23h ?”

“Pourquoi vendredi ? C’était jeudi soir.”

“Répondez M. Langlois.”

“Vendredi ? Je… Ah oui. J’ai quitté le bureau à 18h30 après avoir clôturé un dossier urgent. Après, j’ai filé direct au restaurant rejoindre ma copine et mes beaux-parents. J’étais déjà en retard et je savais que j’aurais droit à des réflexions du beau-père. Monseigneur est à la retraite mais il ne supporte pas d’attendre. Ensuite, j’ai quitté le restaurant vers 23h00. Le temps de rentrer, il devait être environ minuit, je suppose.”

“OK. Notez ici le nom du restaurant et les coordonnées de votre copine et de vos beaux-parents.”

On frappa à la porte.

“Excusez-moi un instant.”

Elle sortit retrouver son collègue.

“J’ai des nouvelles de l’équipe. Ils ont trouvé les jeunes. Mauvaise nouvelle : ils ont un alibi. Si on peut appeler ça un alibi. Ils assistaient à un match de foot. Ils en ont profité pour frapper quelques supporters avant de saccager du matériel. Tout est sur vidéo.”

“Caméras de surveillance ?”

“Non. Mieux que ça. Ces abrutis se sont filmés et ont posté leurs exploits sur les réseaux sociaux ! Tu vas être contente. On a même les vidéos des agressions des semaines passées.”

“Sérieusement ?”

“Oui. Et toi ? Tu as eu plus de chance avec ton comptable ?”

“Je dois vérifier son alibi mais j’ai peu d’espoir.”

La suite lui donna effectivement raison.

L’alibi fut confirmé par le personnel du restaurant et la famille.

Retour à la case départ.

Elle soupira.

Elle reprit le dossier et consulta à nouveau les photos de la scène de crime.

“Eh, fais attention !”

Un collègue venait de faire tomber un cadre photo posé sur un bureau.

Le cadre !

Mais où était donc cette photo ?

Ah, la voilà. Yes !

Tout avait été saccagé dans l’appartement sauf cette photo. Elle était intacte alors que tout avait volé autour. Quelle était la probabilité que cela arrive ? Et devinez qui était sur la photo aux côtés de la victime ? Bingo !

“Allez me le chercher. Voici l’adresse.”

L’interrogatoire fut rapide.

Le suspect reconnut presque aussitôt les faits.

Il avait juste saisi l’occasion. Il en avait marre de ces agressions à répétition dans l’indifférence générale.

La police attendait quoi pour agir. Un meurtre ?

Et bien, il leur avait servi sur un plateau !

Son ami avait appris qu’il avait une maladie dégénérative. Il en avait déjà les premiers symptômes et la maladie progressait rapidement.

Cela expliquait son changement de comportement ces derniers temps. Il voulait vivre à fond le temps qu’il lui restait.

Quand il avait eu connaissance de l’agression de Julian, il était allé le voir à son appartement. Il voulait s’assurer qu’il allait bien, qu’il n’avait besoin de rien.

C’est là qu’il était tombé sur son corps.

Il venait juste de se suicider.

Une fois le choc passé, une idée folle avait alors germé. Il s’était dit que Julian aurait été d’accord. Tony en était certain.

Il avait alors enlevé le pistolet de la main de son ami et maquillé la scène pour faire croire à une bagarre ayant dégénéré en meurtre.

Après tout, où était le mal ? Il ne l’avait pas tué. En plus, cela avait permis que la police se bouge enfin. Si cela permettait aussi de réveiller la conscience de chacun sur ce que vivait continuellement la population LGBT, c’était encore mieux.

Elle lui expliqua qu’il aurait été plus utile de venir la voir pour lui indiquer les agissements de ces jeunes. On aurait ainsi pu éviter quelques agressions et lui ne risquerait pas aujourd’hui la prison.

Une année noire - Meurtre dans la communauté LGBT - Concours de nouvelles policières de Bessancourt

Alors qu’avez-vous pensé de cette nouvelle ?

Comme je le disais précedemment, l’intolérance est un thème qui me touche. Je considère que nul ne devrait être jugé différemment sous prétexte d’identité sexuelle, d’orientation sexuelle, de race, de handicap… Qu’en pensez-vous ? En avez-vous déjà été victime ou témoin ?

N’hésitez pas à me le dire en retour, commenter, partager, liker.

Et si cette histoire vous a plu, sachez que vous pouvez également en retrouver d’autres en cliquant ici.

Au plaisir de vous lire.

Sophie

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