Les femmes dans l’agriculture, une vocation ?

Femmes et agriculture, une vocation ? Et si le bonheur était dans le pré ?

Loin du stéréotype femme agricultrice / femme d’agriculteur, cette activité attire de plus en plus de femmes en France. Et pour les femmes qui se sont lancées dans l’agriculture, cela semble être une véritable vocation. Une passion parfois transmise par la famille mais pas toujours dans une société en perpétuelle recherche de sens.

A l’occasion du Salon de l’Agriculture, rencontre avec le nouveau visage de cette activité millénaire.

Quelques statistiques pour commencer

En France

Femmes dans l'agriculture, une vocation - Les chiffres en France - Alim'Agri
Infographie issue du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (Alim’Agri)

Retrouvez ici d’autres statistiques de la MSA « L’agriculture se conjugue aussi au féminin » (2017).

Et dans le monde

Femmes dans l'agriculture, une vocation - Les chiffres part des femmes dans l'agriculture mondiale - Banque mondiale
Employées, agriculture, femmes (% d’emploi des femmes)

Les femmes travaillant dans le milieu rural représentent plus d’un quart de la population mondiale.

Et comme vous l’aurez compris grâce à cette carte des données de la banque mondiale, c’est en Afrique (62%) et en Asie (58% sauf Japon) que les femmes travaillent en majorité dans l’agriculture. En Europe, c’est de l’ordre de 4%.

Dans ces pays, les femmes vivent ce que vivaient encore les françaises il y a encore années : manque de reconnaissance et de soutien (terre, crédit, machines agricoles), journées très lourdes, revenus moins importants que leurs homologues masculins et réelle vulnérabilité face aux catastrophes naturelles…

Un peu d’histoire – De la femme d’agriculteur à la femme agriculteur

L’agriculture est née au Néolithique lorsque l’homme a eu l’idée de planter des graines, les faire germer et d’en récolter le fruit.

Dans l’Antiquité, elle est devenue l’activité humaine principale.

Les femmes ont toujours fait partie du monde agricole.

La reconnaissance de leur rôle et plus particulièrement de leur statut, par contre, a vraiment tardé à évoluer.

Encore au début du XXe siècle pendant la Première guerre mondiale, alors que les femmes françaises avaient pourtant pris en charge les exploitations agricoles en l’absence de leur mari parti sur le front, elles sont toujours uniquement considérées comme des « aides familiales ». Cela signifie aucune reconnaissance ni statut, des « sans profession » (ni protection sociale, ni retraite…).

Femmes dans l'agriculture, une vocation  - Appel aux femmes françaises Viviani première guerre mondiale
Appel aux femmes par René Viviani

A partir des années 50/60, cela commence à bouger

En 1957 est créée la première « commission féminine » au sein de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats des Exploitants Agricoles). La Meurthe-et-Moselle est rejointe en 1959 par dix-huit autres départements qui ont fondé à leur tour des « commissions féminines ».

Ce n’est qu’en 1961 que le mot « agricultrice » apparaît dans le Larousse.

En 1962, naissent les GAEC (Groupements Agricoles d’Exploitation en Commun) suivis en 1973 par le statut d’exploitant associé. Néanmoins, cela a surtout profité aux fils d’agriculteurs reprenant l’exploitation familiale.

En 1976, une femme devient présidente d’une fédération départementale.

Retrouvez ici un reportage issu du site de l’INA « Femme d’agriculteurs et femme agriculteur en 1979 ? » (durée environ 14mn)

La première réelle avancée va survenir en 1980

C’est au tour de la création du statut de « co-exploitante ». Avec ce statut, naît le droit de gestion de l’exploitation pour la conjointe.

Quant à la vraie reconnaissance, elle commencera en 1985 avec l’EARL (Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée) permettant aux époux d’être les seuls associés de la société, la femme y bénéficiant des mêmes droits que son mari.

En 1989, la FNSEA attribue le droit de vote à chacun des époux dans les syndicats locaux.

L’évolution va se poursuivre en 1999 avec le statut de « conjoint collaborateur » et la protection sociale correspondante pour l’agricultrice.

Le 4 mars 2002 est créé le régime de retraite complémentaire obligatoire pour les non-salarié(e)s agricoles.

A partir de 2006 des évolutions législatives vont se suivre comme l’extension de la couverture sociale pour les conjointes d’exploitants puis, en 2011, l’instauration du GAEC entre époux.

Et aujourd’hui ?

Les femmes travaillant régulièrement sur l’exploitation ont aujourd’hui le choix entre 3 statuts : cheffe d’exploitation, salariée ou conjointe collaboratrice.

Depuis 2019, les exploitantes agricoles ont aussi la possibilité de bénéficier d‘indemnités journalières en cas de maternité, lorsqu’elles n’ont pas la possibilité de se faire remplacer. La durée du congé maternité a été alignée sur celle des salariées du secteur privé.

Dans les chambres d’agriculture, chaque liste a désormais l’obligation de présenter au moins un tiers de candidates.

Autre signe de changement de mentalité : la FNSEA  est dirigée par une agricultrice, Christiane Lambert élue en 2017.

Malgré ces évolutions qui vont dans le bon sens, il reste quelques points noirs :

  • Des stéréotypes encore persistants et des différences importantes de revenus et de retraite entre les agriculteurs et les agricultrices
  • Le sujet des femmes encore sans statut, donc sans aucune couverture sociale, alors qu’elles travaillent dans l’exploitation de leur conjoint (entre 2000 et 5000 selon la FNSEA).

Des stéréotypes et des inégalités encore persistants

Pendant les études

L’enseignement agricole, c’est seulement pour les garçons ?

Le nombre de jeunes filles dans l’enseignement a certes augmenté rapidement (près de 50% des élèves).

Néanmoins, le choix des filières empruntées par ces mêmes filles n’est pas anodin. Le monde agricole ne fait pas exception à ce qui se passe dans les autres secteurs.

Ainsi, nous les retrouvons en grande majorité dans les services ou la transformation. Leur présence dans les filières de production a malgré tout augmenté (près de 40% des élèves actuellement contre 9% en 1979).

Par contre, les filles sont davantage représentées dans les niveaux supérieurs de l’enseignement agricole (écoles d’ingénieurs ou vétérinaires).

Pourquoi ces choix de filières ?

Les filles sont généralement encouragées par leur famille, voire les enseignants, à s’orienter vers des études plus compatibles avec leurs soi-disant qualités féminines (ex : qualités olfactives utiles dans le domaine viti-vinicole développées grâce à l’exposition à des cosmétiques).

Ainsi, malgré la mécanisation de l’activité, les filles sont toujours considérées comme peu capables d’effectuer certaines tâches nécessitant de la force.

Est-ce pour cette raison qu’elles ont également beaucoup plus de difficultés à trouver un stage avec un contenu valorisant ?

Dans le monde du travail

A la sortie de l’école, les stéréotypes et inégalités perdurent.

En termes de revenus

Ainsi, en termes d’inégalités, nous pouvons citer la différence avec les hommes en matière de revenus (environ 30%) et de retraite (environ 15%). L’écart de retraite est néanmoins à nuancer. Il pourrait en effet s’expliquer par la reconnaissance tardive du statut et des cotisations correspondantes pour certaines femmes. Dans un milieu où on souhaiterait vivre de son activité et non pas travailler uniquement pour pouvoir payer les factures, cela rend la situation d’autant plus compliquée pour les agricultrices.

Autre problème : les jeunes agricultrices auront parfois du mal à être prises au sérieux lors de leur installation.

Ainsi il sera plus difficile d’accéder au foncier, certains cédants ayant du mal à vendre leurs terrains à une femme.

La difficulté sera la même quand il s’agira de s’adresser aux banques pour obtenir un emprunt.

A cela s’ajoute l’accès compliqué à la DJA (Dotation Jeune Agriculteur) conditionnée à des exigences de surface, âge et formation agricole. En effet, les femmes rentrent généralement plus tardivement dans cette activité et ont souvent une exploitation plus petite.

Néanmoins, les mentalités commencent à changer et des initiatives voient le jour comme Les Cultiv’Actrices. Il s’agit d’un programme lancé par la Cagnotte des champs qui vise à booster le projet inovant de 20 agricultrices.

Les Cultiv’Actrices – 20 femmes qui changent l’agriculture en France

En termes de comportements

Certaines agricultrices ont dû faire face à une pratique de prix aberrante également.

Quand elles n’ont pas eu ce type de réflexions : « Bonjour Madame… où est le patron ? »

Pour lutter contre ces stéréotypes, les Chambres d’Agriculture de Bretagne ont édité un guide pratique « Bien dans mes bottes – Pour une communication sans stéréotype de genre en agriculture ».

Et selon certaines agricultrices, la situation évolue. Le respect vient avec le temps. « Ainsi, si on est motivée et déterminée, on se fait accepter».

Des réseaux pour se soutenir
Des groupes Facebook comme :

Fière d’être agricultrice

Échange entre agricultrices et femmes d’agriculteurs ☺

Paroles d’agricultrices face à la crise

Agricultrices de Bretagne

Un blog collaboratif canadien (je n’en ai pas trouvé de français encore actif – Et vous ?)

Agrimom

D’autres contraintes liées au métier même

Dans l’agriculture, on ne compte pas son temps

Beaucoup ne savent pas ce qu’est un week-end. Les horaires peuvent également être « élastiques ».

Un véritable challenge, dans ces conditions, de concilier travail et vie de famille.

D’où parfois un sentiment de culpabilité, notamment vis-à-vis des enfants.

Il leur faudra également compter sur les limites de service de remplacement notamment lors du congé maternité.

Certaines réfléchissent donc à former leur famille avant de s’installer.

Des revenus parfois limités permettant tout juste de payer les factures et les emprunts

En 2016, en raison des crises agricoles à répétition, 50% des agriculteurs avaient un revenu inférieur à 350 euros par mois (source : Correspondance économique du 23 juin 2017).

Et sans revenu correct, il est impossible de vivre et de cotiser convenablement.

L’agribashing, réalité ou notion amplifiée par les médias ?

Par ce terme, on désigne ce qui est perçu par les agriculteurs comme une campagne de dénigrement systématique de l’agriculture.

Une réalité ?

Femmes et agriculture - Agribashing - Statistiques 2015 - 2018

Il y aurait effectivement aujourd’hui une réelle critique, notamment du mode de production conventionnelle (élevage intensif, pesticides…). Et cette critique est relayée voire même accentuée par les médias (journaux, émissions), certaines ONG ou quelques politiciens.

Sont apparus également les mouvements vegans, antispécistes, prônant l’abolition de l’élevage. Parmi les plus connus, l’association L214 connue du grand public grâce à ses vidéos filmées de façon clandestine montrant des pratiques choquantes dans certains abattoirs et élevages.

Ces informations relayées au grand public ont amené certains consommateurs à se pencher sur leur mode de consommation (réduction de consommation de viande, produits biologiques…).

La France aime toujours ses agriculteurs

Pour autant, les agriculteurs ne seraient que les victimes collatérales de cet agribashing, les français ayant toujours en grande majorité une bonne opinion des agriculteurs.

De mon côté, j’y vois pour preuve, entre autres éléments :

  • Le retour à la vente en direct (de plus en plus de consommateurs achètent directement à la ferme)
  • Le succès toujours présent du Salon de l’Agriculture.

Et s’il suffisait aux agriculteurs de récupérer le contrôle de leur image ?

Certains l’ont bien compris.

Ils communiquent sur leur métier

Des agriculteurs communiquent de plus en plus sur leur métier (vidéos youtube, films documentaires…).

Un collectif d’agriculteurs s’est également formé pour répondre aux questions des consommateurs. #iciLaTerre propose ainsi un groupe Facebook et même un numéro vert (0805 382 382).

D’autres ouvrent leur ferme au public (visite, boutique, ferme éducative…).

Et les agricultrices en ont bien compris l’intérêt en termes de communication et de performance.

Si l’on en croit les chiffres présentés dans l’infographie en début d’article, les femmes seraient des « forces motrices pour le développement de nouvelles activités » (ventes en circuit court, activités de loisirs à la ferme, gîtes…).

Outre une proximité avec le consommateur, ces activités permettent d’améliorer la performance de l’exploitation.

Les agricultrices, de vraies femmes d’affaires ?

Agricultrice, une véritable vocation qui permet de dépasser les difficultés ?

Pourquoi ce choix ?

C’est dans certains cas une passion transmise par les proches mais pas uniquement.

Des personnes en recherche de sens se sont également tournées vers l’agriculture.

Un métier diversifié demandant de nombreuses compétences clés, un lien fort avec la nature, le travail au grand air, le contact avec les animaux, l’autonomie, l’amour de la terre, de notre terroir

Autant de raisons qui les ont poussées à se lancer.

La qualité plus que la quantité et une agriculture plus respectueuse, oui.

Mais avec une transition intelligente et une meilleure connaissance de leur métier et ses contraintes.

Ce métier qui se vit avec passion, ce métier qu’elles choisissent dorénavant, elles souhaitent le partager et le faire connaître.

L’agricultrice, le nouveau visage du monde rural ?

Elles ont durement gagné ce statut qui leur a été longtemps refusé.

Outre cette évolution, notons surtout qu’aujourd’hui, ces nouvelles agricultrices ont choisi aujourd’hui d’y entrer par vocation.

Plus de femmes dans les exploitations et les organisations.

Et de nouvelles idées également qui ramènent une véritable proximité avec le consommateur.

Le paysage agricole change effectivement. Mais pas seulement.

Ces femmes font bouger les lignes, ouvrant la voie à d’autres. Agriculteur, un métier d’homme ?

Elles prouvent que non.

Cela permettra-t’il de susciter de nouvelles vocations ?

Certainement avec le temps.

Quelques témoignages

Femmes & Agricultrices – On ne naît pas agricultrice on le choisit (durée 13mn)

Les Cultiv’Actrices – 20 femmes qui changent l’agriculture en France

Sources – Pour en savoir plus

Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation :

Site internet

Chaîne Youtube

Les femmes dans l’agriculture française

Chaîne Youtube

Rapport du Sénat

Femmes et agriculture : pour l’égalité dans les territoires


J’espère que ce sujet “Les femmes dans l’agriculture, une vocation ?” vous aura plu.

N’hésitez pas à commenter, partager, liker.

Et, pour rappel, je suis toujours à la recherche de femmes inspirantes à interviewer dans le cadre de mon défi.

Je serai ravie de pouvoir interviewer une agricultrice. Alors si vous en connaissez une qui serait prête à se prendre au jeu, contactez-moi via la partie commentaires ci-dessous.

Au plaisir de vous lire.

Sophie

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