Portrait de femme inspirante #6 : Marie-Maï Vasseur

C’est dans la continuité de mon Défi que je te propose aujourd’hui un nouveau “Portrait de femme” avec l’interview de Marie-Maï Vasseur. Et cette fois-ci, il n’est pas question d’entrepreneuriat mais des femmes dans le digital. En effet, comme pour les sciences en général, elles sont malheureusement encore trop peu présentes dans ce domaine. Ainsi, selon une étude Genderscan, elles représentaient uniquement 8% des personnes en formation au numérique en 2018.

Mais laisse-moi tout d’abord te présenter Marie-Maï et son parcours.

Portrait de femme inspirante - Les femmes et le digital - Marie-Maï Vasseur NFactory School

Son portrait

Marie-Maï Vasseur est une jeune femme qui est arrivée un peu par hasard dans le milieu du digital pour ne plus le quitter par la suite. Tout a commencé par un stage. Mais commençons par le début.

Du baccalauréat L au monde du digital

Marie-Maï est sortie du lycée avec un bac L pour intégrer ensuite une filière en Communication. C’est ainsi qu’elle se retrouve à l’ISCOM de Rouen, où comme de nombreux élèves, elle se destine à l’événementiel, un domaine qui fait particulièrement rêver. Du moins jusqu’à son premier stage chez un professeur de Tai Chi où elle se voit confier la création d’un site internet. Ce fut son premier pas dans le monde du digital. Un premier aperçu  qui lui donnera l’envie d’aller plus loin. Et cette occasion lui sera offerte lors de son deuxième stage.

Des rencontres décisives

Ce stage, c’est dans l’agence web d’Emmanuel Da Costa qu’elle le réalise. Celui-ci, devenu en quelque sorte son mentor, va en effet lui permettre de se plonger encore davantage dans le monde des sites internet. Cette nouvelle expérience lui confirme son appétence pour le digital et son envie de poursuivre dans cette voie.

C’est donc en parallèle de ses études qu’elle continue à travailler avec Emmanuel Da Costa. Et c’est dans ce cadre qu’elle va avoir l’occasion de croiser le chemin d’Alexandre Martini et de Jean-Louis Louvel. A l’époque, ceux-ci souhaitaient créer un incubateur pour étudiants, avec pour objectif de développer des projets. Et pour ce faire, ils allaient faire une recherche parmi les étudiants, actuels et anciens. Ils eurent alors l’idée de contacter Marie-Maï qui décida de tenter l’aventure, découvrant ainsi le monde des start-ups.

La découverte du monde des start-ups

Le premier projet sur lequel Marie-Maï a l’occasion de travailler est DocoTop. Il s’agit, en quelque sorte, d’un Trip Advisor de la santé sur lequel elle collaborera avec Gaël Duval. C’est par ce biais qu’elle découvrira d’ailleurs l’univers start-up dans sa globalité (avancement, incubation, création d’entreprise…). Mais également la partie technique grâce à un travail avec une entreprise de développement.

Mais pour diverses raisons, DocoTop ne fonctionnera pas. Peu importe car un nouveau projet voit le jour.

La naissance de l’aventure NFactory

En effet, peu de temps après, Emmanuel Da Costa, Jean-Louis Louvel, Alexandre Martini et Gaël Duval décident de lancer NFactory. Et ce qui était initialement un incubateur de start-ups devient rapidement un accélérateur de projet doublé d’un investisseur. Marie-Maï, toujours de la partie, fournit un support aux start-ups présentes (écoute, partages, retour d’expériences, marketing, mock-up…).

Et cet accompagnement qui permettra de mettre en lumière une problématique récurrente pour les start-ups normandes : le recrutement dans la région. Un manque crucial de main d’œuvre qualifiée qui les pousse à vouloir quitter la Normandie pour s’installer sur Paris. Or force est de constater que cette main d’œuvre, en fait loin d’être absente, part sur Paris pour trouver du travail.

C’est sur ce constat qu’est née l’idée d’une école proposant un parcours sur mesure et des moyens de rencontre différents.

Marie-Maï Vasseur - NFactory School - logo
Logo NFactory School

La création de l’école NFactory School

Marie-Maï rejoint Emmanuel Da Costa et Alexandre Martini dès la création de l’école.

Celle-ci propose des formations en Communication Web marketing et en Développement Web.

La particularité de NFactory School : l’école se veut ouverte à tou.te.s sous condition de motivation.

 « No CV, No diplômes, Venez avec votre motivation ».

La volonté est de lever toutes les barrières : âge, genre, origine, parcours…

Certes, la moyenne d’âge reste jeune (22/23 ans) étant donné le type de contrat proposé (alternance et apprentissage). Néanmoins, l’âge des étudiants s’étale de 17 à 40 ans (de 18 à 50 ans en 2019).

Et s’il arrive à l’école de refuser des candidatures, c’est souvent pour un souci d’orientation dû à une méconnaissance des métiers.

Le seul regret concerne en fait la parité.

Une population féminine peu représentée malgré les efforts

En effet, malgré une réelle volonté de l’école, la parité s’avère particulièrement difficile à instaurer. Le constat est là : le digital manque de candidates (entre 10 et 15% des élèves).

Certes la communication digitale attire de plus en plus les femmes. Néanmoins, les métiers plus techniques (développement web, programmation) restent très masculins.

Toutefois, l’école travaille sans relâche à changer les mentalités.

Ainsi, l’année dernière, NFactory School a organisé, au sein de son campus, le Summit normand de Women in Tech. Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, cette organisation internationale œuvre pour la représentation des femmes dans les métiers techniques.

Logo Women in Tech -représentation des femmes dans les métiers techniques
Logo Women in Tech

Néanmoins, ce travail portera probablement ses fruits uniquement sur la prochaine génération. En effet, faute de sensibilisation en amont, il semble difficile d’imaginer les jeunes femmes actuelles se diriger spontanément vers ces domaines aujourd’hui.

Marie-Maï est convaincue de la nécessité de faire un travail de sensibilisation dans les écoles, de trouver des role models féminins.

« Aujourd’hui, on pense davantage à Steve Jobs et Mark Zukerberg quand on parle du digital. »

Marie-Maï reste donc très investie dans ce sujet.

Elle souhaitait, par exemple, accueillir Wi-Filles de FACE (Fondation Agir Contre l’Exclusion), un programme d’initiation aux métiers du numérique destiné aux jeunes filles. Elle s’était d’ailleurs portée volontaire pour être marraine.

Logo FACE Fondation contre l'exclusion - Initiation aux métiers numériques
Logo FACE

Et ce ne sont pas les seules actions de l’école qui en effet décidé de jouer un véritable rôle en matière d’information et d’orientation sur des professions encore méconnues.

« Certains pensent qu’être Community Manager, c’est passer sa journée sur Facebook ».

Informations et conseils en orientation

Ainsi, l’école organise des ateliers de 15 à 20 minutes animés par des étudiants. Un format qui présente un double intérêt. D’une part, des jeunes parlent aux jeunes. Et d’autre part, cela permet de montrer concrètement, dans les lycées, la diversité des métiers (web-marketing, communication, technique…).

Cela évite les problèmes d’orientation mais permet également d’encourager les personnes qui n’osent pas s’engager dans cette voie.

De son côté, Marie-Maï explique également, aux jeunes qu’elle reçoit en entretien, généralement poussés par leurs parents, ce qu’il y a derrière ces métiers. Ainsi, elle aime leur demander : « qu’aimerais-tu faire de tes journées ? ». Et quand ils lui répondent qu’ils veulent créer des sites internet, elle leur demande s’ils se voient faire du développement web, à savoir des lignes de code en continu. Puis elle les met en condition réelle. Au bout d’un quart d’heure, ils se rendent compte assez rapidement s’ils sont faits ou non pour cela.

Et même si cela peut paraître dur, Marie-Maï préfère être honnête dès le départ. Selon elle, il vaut mieux que les personnes sachent à quoi s’en tenir avant de s’engager dans une formation. En effet, cela évite de perdre du temps et de prendre la place d’une personne faite pour ce métier.

Comment savoir si on est fait pour les métiers numériques ?

Elle invite les personnes intéressées à contacter des professionnels du métier sur Linkedin pour en connaître la réalité. Généralement, ce type de demandes est plutôt bien accueilli. Il ne faut donc pas s’en priver.

Se rendre dans les salons et les portes ouvertes peut également s’avérer utile.

Enfin, sur la partie technique, Marie-Maï conseille de faire des formations en ligne de premier niveau. En effet, à défaut de te donner une expertise, cela te permettra de te rendre compte si tu as une véritable appétence ou pas.

Elle invite à réaliser, par exemple, la formation Open Classrooms « Apprenez à créer votre site web avec HTML5 et CSS3 ».

Lennart Demes de Pixabay

Comment se passe le recrutement ?

Le recrutement se fait généralement en deux étapes.

Tout d’abord, les personnes intéressées sont accueillies lors de portes ouvertes ou salons avec l’aide d’étudiants, ce qui permet une première orientation.

Puis suivent les entretiens suite à candidature. Il s’agit ici de vérifier la motivation, s’assurer qu’il n’a pas d’erreur d’orientation. A ce stade, le message se veut concret et compréhensible. On t’explique ainsi « qu’on va t’apprendre à être premier sur Google » plutôt que de parler de SEO ou de web marketing, par exemple. Marie-Maï essaie de présenter le métier dans sa globalité pour en fournir une vision claire. En effet, elle souhaite que le candidat se projette vraiment, qu’il sache s’il s’imagine ou non réaliser cette activité toute la journée.

Les erreurs d’orientation sont donc rares. Et si cela arrive, l’équipe de formation le détecte assez rapidement. Et dans ce cas, une aide est apportée pour accompagner l’étudiant dans sa réorientation.

As-tu rencontré des difficultés dans ton parcours ?

Marie-Maï explique qu’elle a été entourée essentiellement de porteurs de projets masculins, les femmes étant encore minoritaires dans le monde du digital. Néanmoins, elle attribue davantage le « problème » de crédibilité rencontré à sa jeunesse et à sa taille. En effet, en avance dans ses études, elle est de plus relativement petite et a toujours fait plus jeune que son âge. Ce complexe de « jeunesse » l’a donc poursuivie longtemps. Un problème de crédibilité dans le monde des start-ups que n’avait pas, par exemple, son associé.

Marie-Maï déclare être féministe, l’égalité étant importante pour elle. Néanmoins, elle n’est pas à l’aise avec certaines injonctions. Notamment celle qui vise à pousser les femmes à se lancer sous le seul prétexte de leur sexe.

« Nous avons le droit de ne pas vouloir, de ne pas nous sentir prête ou de ne pas avoir de projet viable. »

Et si tu avais des conseils à donner ou des messages à passer ?

Concernant la pression relative au choix des études, par les parents ou professeurs, Marie-Maï tient à rassurer :

« Les jeunes s’imaginent qu’ils s’engagent pour le métier de leur vie, qu’ils n’ont pas droit à l’erreur, ce qui est faux. »

Toujours en matière d’orientation, elle donne le conseil suivant :

« Si quelque chose t’intéresse vraiment, creuse l’idée avant de te décider. Et si tu es toujours intéressé.e, vas-y. Par contre, si tu te contentes de quelques pages vues sur Linkedin te laissant à penser que le digital c’est génial, tu prends le risque d’être déçu.e. »

Donner leur chance aux plus jeunes est également quelque chose qui lui tient à cœur :

« On ne peut se montrer trop exigeant avec eux si nous ne leur avons pas donné les moyens en amont. On ne peut les empêcher, par exemple, d’accéder à une formation sous prétexte qu’ils ne connaissent rien au métier. »

Propos recueillis le 22 juillet 2020 par Sophie Willocquet


Qu’as-tu pensé de ce nouveau “Portrait de femme” ? Marie-Maï Vasseur t’a-t-elle donné l’envie de t’essayer à un métier numérique ou à en parler à quelqu’un de ton entourage ?

Si c’est le cas, tu as maintenant quelques pistes pour te renseigner (salons, portes ouvertes, réseaux professionnels, associations…) ainsi qu’un lien pour t’initier au monde de la programmation.

Mais peut-être fais-tu déjà partie de ces quelques femmes qui travaillent dans le digital ?

Si c’est le cas, comment pourrais-tu convaincre d’autres femmes à te rejoindre ? Ton avis m’intéresse.

Et dans tous les cas, n’hésite pas à apporter ton témoignage, à partager, voire même liker.

Au plaisir de te lire.

A bientôt.

Sophie

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20 Comments

  1. Un bel article et un portrait effectivement inspirant !
    J’aime beaucoup la phrase : “« Les jeunes s’imaginent qu’ils s’engagent pour le métier de leur vie, qu’ils n’ont pas droit à l’erreur, ce qui est faux ». Je suis parfaitement d’accord, mais on met souvent longtemps à s’en rendre compte.
    Le premier poste, c’est le pied dans la porte, et ensuite on se laisse souvent porter par l’évolution de notre carrière sans trop se poser de questions.
    Or, on devrait régulièrement se demander si l’on est toujours bien en train de vivre la vie de nos rêves, car on en n’a qu’une !

    1. Sophie Willocquet

      Merci Alex. Effectivement, il est toujours bon de se poser de temps à autre pour réfléchir à notre vie, que ce soit dans le domaine perso ou pro. Nous n’avons pas une mais plusieurs vies aujourd’hui. Alors autant en profiter pour les vivre pleinement, en accord avec soi. Belle journée.

  2. Merci pour ce superbe portrait ! Les métiers du numériques sont vraiment fascinants ! C’est super d’initier les jeunes filles aux métiers du numérique car on peut avoir tendance à croire à tords que certains de ces métiers sont réservés aux hommes.

    1. Sophie Willocquet

      Merci Aurore. Tu as raison. La technologie nous permet tant de choses aujourd’hui et ce n’est pas terminé. Tout évolue très rapidement. Et l’idée d’y participer peut être très stimulant. Et les filles y ont clairement une place. C’est d’autant plus important pour supprimer tous les biais encore existants, y compris dans l’AI. A bientôt.

  3. Bonjour Sophie,
    Très bon article !
    C’est vrai que les femmes sont peu présentes dans le digital.
    Personnellement j’ai fait la formation d’openclassroom dont tu parles.
    Je souhaitais faire une formation en alternance en tant que développeur web.
    C’est pourquoi j’avais commencé ces cours.
    Je n’ai jamais pu trouver d’employeurs acceptant ma candidature (à 40 ans passé le cout de l’apprentis était trop élevé).
    J’ai quand même trouvé de quoi rebondir !
    Je conseille aux jeunes femmes de se lancer dans le digital.
    C’est un domaine intéressant qui peut ouvrir plusieurs belles opportunités.
    Merci pour ce beau portrait.

    1. Sophie Willocquet

      Bonjour Mylène. C’est vraiment dommage que tu n’aies pas pu trouver un employeur. C’est même incompréhensible. Moi-même, j’ai connu plusieurs stagiaires ou alternants qui avaient 40 ans ou plus. Et outre leurs nouvelles compétences, ils bénéficiaient d’une expérience au moins complémentaire. La bonne nouvelle, c’est que tu as pu avancer et rebondir. Et je suis certaine que cette compétence t’est maintenant bien utile. Au plaisir.

    1. Sophie Willocquet

      Merci Matthieu pour ton commentaire. Cela me touche et m’encourage. Au plaisir.

  4. Une bien belle rencontre ! L’argument premier qui me conforte dans le sérieux de Marie-Maï et des conseils qu’elle donne est le fait qu’elle n’hésite pas à dire des choses que les jeunes n’ont pas forcément envie d’entendre. Je suis 100% d’accord avec le fait de ne pas les laisser croire à des chimères … qui leur feront perdre des années. Merci pour cette belle retranscription ! Je vais en parler autour de moi

    1. Sophie Willocquet

      Merci Nicolas. Tu as raison. Marie-Maï essaie vraiment, à la fois d’encourager les vocations mais également de faire comprendre à certains qu’il leur faut parfois envisager une autre voie. Et parfois, celle-ci est très proche. Ainsi, tu peux ne pas être fait pour le développement web mais être tout à fait câblé pour du marketing digital. C’est, je pense un vrai gage de sérieux, de la part de l’école NFactory dont Marie-Maï est la responsable pédagogique. A bientôt.

  5. J’aime particulièrement ce genre de format. Le portait de cette jeune femme est réellement inspirant et je suis vraiment contente d’être tombée sur cet article.

    1. Sophie Willocquet

      Merci Maeva (très joli prénom entre parenthèses). Je confirme que c’était une belle rencontre. Et son parcours est loin d’être terminé. Belle journée.

    1. Sophie Willocquet

      Merci Sylvie pour ton commentaire. Je suis moi-même en complet accord avec sa vision des choses. Belle journée à toi.

  6. Merci beaucoup pour la découverte de cette femme !
    Je suis tout à fait d’accord avec ce qu’elle nous partage !

    1. Sophie Willocquet

      Merci Nath pour ton commentaire. Je suis ravie que ce portrait te parle. Marie-Maï est effectivement une jeune femme très inspirante. Et elle nous partage une vision très claire de ces métiers. Je te souhaite une belle journée.

  7. Bravo à cette jeune femme !!!

    A l’adolescence, j’avais envisagé aller dans le domaine de l’informatique, mais mes parents m’en avait dissuadé. Aujourd’hui, en créant mon blog, j’apprend à travailler avec cet outil et j’y prend du plaisir. Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour se lancer dans un domaine qu’on aime !!!

    1. Sophie Willocquet

      Bonjour Shirley. Merci pour ton commentaire. C’est vrai que, jeunes, nous avons tendance à suivre des voies imposées ou du moins suggérées fortement par notre entourage ou la société. Malgré tout, il est toujours temps de s’écouter, comme tu le précises. Je suis heureuse que tu t’éclates aujourd’hui dans ta nouvelle activité. Et je le comprends. Le blogging est tellement enrichissant. A bientôt.

  8. Merci Sophie

    Je ne soupçonnais pas que les femmes étaient peu représenté
    dans le monde du numérique, ça me surprant.

    1. Sophie Willocquet

      Bonjour Manu. Merci pour ton commentaire. Effectivement, elles sont peu représentées. Mais ce qui donne souvent l’impression qu’elles sont présentes, c’est que certaines le sont dans la partie marketing ou communication digitale. Néanmoins, c’est beaucoup moins vrai dans le développement web. Belle journée.

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